Dr Colin McMillan
Président sortant
Association médicale canadienne
Kingston (Ont.)
Le 26 novembre 2007
Introduction
Je suis heureux de participer aujourd'hui à cette réunion importante. Je suis heureux aussi de pouvoir appuyer le travail important et continu de l'Alliance sur les temps d'attente.
Le printemps dernier, l'Alliance sur les temps d'attente a publié une importante évaluation des progrès réalisés jusqu'à maintenant par les gouvernements dans la lutte contre le problème des temps d'attente.
J'ai déclaré à ce moment-là - tout comme l'ont fait le Dr Bellan et d'autres membres de l'ATA - qu'on faisait des progrès et que la population canadienne être d'un optimisme prudent en pensant que les gouvernements "comprenaient enfin".
Nous pensions avec un optimisme prudent qu'il y avait des progrès.
Je veux parler un peu aujourd'hui de ce qui s'est fait et des progrès en question.
Deuxièmement, je parlerai de nouveaux points de repère que dévoile aujourd'hui l'ATA dans des domaines cliniques où des milliers de Canadiens ont des besoins tous les jours.
Enfin, je veux faire passer un message clair qui partira d'ici, sur les rives du lac Ontario, et remontera la rivière Rideau jusqu'à Ottawa pour atteindre toutes les assemblées législatives du Canada : Des progrès s'imposent.
Progrès réalisés jusqu'à maintenant
Les premiers ministres du Canada ont signé il y a trois ans à peine le Plan décennal pour consolider les soins de santé.
Le Plan et les 41 milliards de dollars qu'il annonçait - de même que les discussions qui ont suivi au sujet de l'argent "frais" par rapport au "vieil" argent - ont retenu une grande partie de l'attention.
Vous, mes collègues ici présents aujourd'hui, reconnaîtrez que cet accord était sans précédent parce que pour la première fois dans l'histoire, tous les gouvernements - et non pas un seul d'entre eux - se sont entendus sur des engagements afin de raccourcir les temps d'attente trop longs au Canada.
Ces engagements consistaient notamment à établir, au plus tard en décembre 2005, des points de repère sur les temps d'attente dans cinq domaines prioritaires et à obtenir de réelles réductions des temps d'attente au plus tard le 31 mars 2007.
Dans son rapport d'avril dernier, l'Alliance sur les temps d'attente (ATA) a déclaré qu'on avait réalisé des progrès pour réduire les temps d'attente au cours des dernières années et que là où il n'y avait pas encore eu de réduction (p. ex., en imagerie diagnostique), on prenait des mesures pour accroître la productivité et améliorer la circulation des patients.
Comme je l'ai dit au début, toutefois, "des progrès", cela ne signifie pas que le travail est terminé.
Il faut plutôt considérer la réduction des temps d'attente comme un point de départ pour améliorer l'accès à tout le continuum des soins de santé et pour renforcer la responsabilité du système de santé.
La réduction des temps d'attente trop longs est un but unificateur et un excellent objectif à viser tant pour les bailleurs de fonds que pour les prestateurs de soins et les patients.
Le programme sur les temps d'attente concentre aussi plus d'attention sur les processus de gestion des temps d'attente et sur la convergence nécessaire des différents éléments du système.
En dépit des progrès, les efforts sur les temps d'attente ont soulevé des critiques.
Les préoccupations portent sur le fait qu'on s'attaque aux temps d'attente dans cinq domaines seulement et souvent pour un choix limité d'interventions dans chaque domaine.
Les critiques signalent aussi que les soins de santé dépassent les cinq domaines prioritaires et que si l'on se concentre sur ces cinq domaines, cela signifiera qu'on n'affectera pas de ressources à d'autres domaines ou qu'on leur en enlèvera.
Ces préoccupations ont constitué un thème central de la conférence Maîtriser les files d'attente IV de 2007 qui a eu lieu en avril dernier.
Le travail sur les temps d'attente ne doit pas nécessairement se limiter aux cinq premiers domaines prioritaires. Dans sa stratégie sur les temps d'attente, l'Ontario a déclaré - (APARTE -- Le Dr Hudson m'appuiera à ce sujet, j'espère) - que "les cinq domaines n'étaient que le début d'un processus continu d'amélioration de l'accès à un vaste éventail de services de santé et de réduction des temps d'attente". Dès le début, les membres de l'ATA ont considéré que les cinq premiers domaines n'étaient rien d'autre que cela : un point de départ.
En avril dernier, l'ATA a annoncé son étape suivante en prenant de l'expansion pour englober cinq autres spécialités de la médecine prêtes à établir des points de repère sur les temps d'attente : soins d'urgence, soins psychiatriques, chirurgie plastique, gastroentérologie et anesthésiologie.
Comme pour les cinq premiers domaines, l'établissement de points de repère sur les temps d'attente dans ces spécialités a favorisé d'importantes discussions sur ce qu'il faut considérer comme des temps d'attente acceptables pour les patients et sur la façon possible de réduire l'attente.
Nous sommes heureux aujourd'hui de pouvoir parler de nouveaux points de repère sur les temps d'attente pour ce que l'ATA appelle "les cinq prochains domaines". Je vous encourage à en prendre connaissance dans le rapport : "Des progrès s'imposent". (des exemplaires sont disponibles ici et à www.waittimealliance.ca)
Nous en sommes à l'étape suivante de l'effort continu que l'ATA déploie pour garantir un accès en temps opportun à un vaste éventail de soins médicaux pour les patients.
Alors que nous analysons les progrès réalisés jusqu'à maintenant, il est crucial de déterminer comment appliquer aux autres domaines cliniques les garanties établies l'été dernier pour certaines interventions.
De même, nous devons agir dès maintenant pour normaliser ces garanties entre les provinces, afin que les progrès soient uniformes pour toute la population canadienne.
Cela est crucial pour garantir que nous n'aboutissons pas avec des provinces "nanties" et "démunies" lorsqu'il est question de fournir aux patients un accès en temps opportun à des soins de santé de qualité.
Où devons-nous arriver
L'expansion prise par l'ATA pour ajouter cinq nouvelles spécialités de la médecine a constitué un élément crucial de mon "optimisme prudent".
Les nombreux points de repère sur les temps d'attente ou objectifs de rendement dévoilés aujourd'hui ont été établis par l'Association des psychiatres du Canada, l'Association canadienne des médecins d'urgence, la Société canadienne des chirurgiens plasticiens et l'Association canadienne de gastroentérologie.
La Société canadienne des anesthésiologistes apporte une double contribution à l'ATA. La SCA a non seulement créé des points de repère sur les temps d'attente pour la prise en charge de la douleur, mais elle constitue aussi un élément important de l'établissement de points de repère sur les temps d'attente dans d'autres spécialités de l'ATA, étant donné le rôle que joue l'anesthésiologiste comme membre de l'équipe chirurgicale.
Chacune des spécialités participantes a suivi les méthodes utilisées pour produire la première série de points de repères de l'ATA.
Il a fallu à cette fin revoir des évaluations cliniques disponibles ou des données épidémiologiques sur les seuils de temps d'attente, revoir les normes d'accès existantes et tenir des consultations entre membres de la spécialité afin de revoir les objectifs relatifs aux temps d'attente.
L'ATA a aussi suivi une fois de plus une approche "fondée sur les données probantes" plutôt que "liée aux données probantes".
Comme le savent tous ceux qui sont présents ici, pour établir des points de repère, il faut dégager des consensus; les données de recherche insuffisantes ou non concluantes ne doivent pas entraver l'établissement d'objectifs sur les temps d'attentes. Il faut prendre les décisions en fonction des meilleures données disponibles.
Il ne faut toutefois pas considérer les points de repère sur les temps d'attente comme des normes.
Il faut les considérer comme des objectifs de rendement du système de santé qui reflètent le consensus général à l'égard de temps d'attente médicalement raisonnables.
Chaque patient a des besoins différents. Pour la plupart, il faut toutefois considérer ces points de repère comme des temps d'attente "maximaux acceptables" et non des temps d'attente "idéaux".
Nous devons maintenant maintenir la pression sur les gouvernements pour qu'ils agissent et veillent à ce qu'on respecte ces temps d'attente.
Comment y parvenir
Comme je l'ai dit au départ, on a réalisé des progrès - et tous ceux qui sont présents aujourd'hui y ont joué un rôle - mais nous devons maintenant consolider ces progrès et aller plus loin.
Deux étapes clés approchent pour les points de repère sur les temps d'attente et les engagements du plan et de l'accord sur la santé signé par les premiers ministres en 2004.
Tout d'abord, le plan prévoit que les provinces et les territoires annonceront au plus tard le 31 décembre 2007 des objectifs pluriannuels pour parvenir aux points de repère sur les temps d'attente. Même si certaines administrations fonctionnent comme si les points de repère étaient déjà en vigueur, la plupart ne savent pas clairement comment et quand ils le seront.
C'est pourquoi l'ATA attend des annonces des provinces et des territoires à ce sujet d'ici à la fin de l'année.
La deuxième étape, c'est l'examen du plan décennal.
La législation fédérale adoptée pour appliquer les engagements financiers pris dans le plan prévoit des examens parlementaires des progrès réalisés en 2008 et en 2011.
L'ATA participera activement à l'examen prochain du printemps 2008. Le prochain rapport de l'ATA, qui évaluera les progrès réalisés par les gouvernements vers l'amélioration de l'accès à des soins en temps opportun pour les Canadiens, constituera un élément important de cette participation.
Outre ces délais critiques - et imminents - l'ATA lance aussi un avertissement clair aujourd'hui : même s'il y a de nombreuses étapes à franchir pour atteindre les points de repère sur les temps d'attente, nous devons commencer par nous attaquer à la grave pénurie d'effectifs de la santé au Canada.
Cette pénurie n'est pas limitée aux spécialités visées par les points de repère dévoilés aujourd'hui : elle frappe tous les groupes professionnels de la médecine, y compris les médecins de famille, les infirmières et les techniciens en soins de santé.
C'est pourquoi l'ATA a toujours préconisé une stratégie pancanadienne de gestion des ressources humaines de la santé fondée sur le principe de l'autosuffisance pour le Canada.
Même pendant cette période sombre, le Cadre de planification concertée des ressources humaines de la santé à l'échelle pancanadienne est un pas franchi vers la réalisation d'une stratégie pancanadienne.
Le cadre produit par le Comité consultatif fédéral-provincial-territorial sur la prestation des soins de santé et les ressources humaines doit déboucher sur d'autres mesures.
Même si les pénuries d'effectifs de la santé demeurent le plus grand défi à relever pour améliorer l'accès aux soins en temps opportun, l'ATA a aussi cerné les lacunes infrastructurelles critiques auxquelles il faut s'attaquer.
Ces lacunes comprennent les lits de soins actifs dans les hôpitaux, les lits servant à d'autres niveaux de soin, les blocs opératoires, les appareils diagnostiques et les services communautaires.
Enfin, outre les pénuries d'effectifs et l'insuffisance des infrastructures, le travail effectué par l'ATA au cours de l'année écoulée met en évidence un manque alarmant de données normalisées permettant de suivre les progrès réalisés en réduction des temps d'attente.
Les données sur les temps d'attente sont saisies et déclarées différemment selon les régions au Canada. Elles utilisent aussi différents points de départ pour mesurer les temps d'attente, ce qui entraîne souvent des déviations du temps d'attente réel pour les patients.
On ne peut gérer ce qu'on ne peut mesurer et le manque de données comparables rend extrêmement difficiles la surveillance et la comparaison entre administrations. En outre, les patients et les gouvernements demeurent en grande partie dans l'ombre quant aux progrès réalisés.
Conclusion
Les points de repère dévoilés aujourd'hui par l'ATA constituent seulement une autre étape de l'engagement continu de réduire les temps d'attente trop longs auxquels font face les patients partout au Canada.
On a réalisé des progrès considérables dans l'établissement de points de repère et la prise de mesures nécessaires pour les atteindre et il faut féliciter tous ceux qui sont présents aujourd'hui d'avoir joué leur rôle pour réaliser ces progrès et bâtir sur eux.
Il est toutefois clair qu'il faut relever le défi posé par la mesure et la surveillance de nouveaux points de repère sur les temps d'attente tout en demeurant vigilants pour que les gouvernements tiennent leurs engagements antérieurs.
Le travail de l'ATA et d'autres intervenants a tracé la voie à suivre.
Pour relever s'attaquer aux pénuries d'effectifs de la santé et aux lacunes critiques d'infrastructures, il faudra que les professionnels de la santé, les gouvernements et d'autres intervenants redoublent d'efforts et concentrent davantage leurs interventions.
Toutes les parties doivent aussi redoubler d'efforts pour saisir les données sur les temps d'attente afin de déterminer avec plus de certitude si l'on réalise des progrès, étant donné l'importance des enveloppes budgétaires fournies par les gouvernements.
Les défis peuvent sembler nombreux, mais je vois ici l'engagement nécessaire pour les relever.
Nous devons maintenant plus que jamais conjuguer nos efforts à cette fin pour qu'aucun patient ne soit obligé d'attendre trop longtemps des soins dont il a besoin.
Je vous remercie.
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